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Jan 06 2017

La lutte contre l’obsolescence programmée s’organise

https://www.letemps.ch/sciences/2016/11/21/lutte-contre-lobsolescence-programmee-sorganise

La lutte contre l’obsolescence programmée s’organise

Les stratégies pour combattre le fléau qui menace l’environnement et nos portefeuilles se multiplient. Qualité, réparabilité et compatibilité réémergent à l’ordre du jour

En France, premier pays européen à criminaliser l’obsolescence programmée, en août 2015, le débat est enflammé. Pour combattre ce fléau qui pille nos ressources et pollue l’environnement, les initiatives abondent. A l’instar du site Spareka.fr, créé en 2006, qui rend disponibles huit millions de pièces détachées, en expédie 15 000 chaque mois à travers l’Europe, et permet ainsi d’éviter d’envoyer à la décharge lave-linge, tondeuse à gazon ou fer à repasser. «Nous permettons au particulier, sans compétence technique, grâce à nos tutoriels, de diagnostiquer un problème et de le régler lui-même», explique Baptiste Laurent, directeur des opérations de Spareka, dont la moyenne d’âge des trente collaborateurs est de 27 ans. Leur but? Redonner du pouvoir aux consommateurs.

Lire le manuel d’utilisation

Autrefois, on avait chez soi un coin atelier où bricoler, note le Français; aujourd’hui, très peu de personnes savent comment fonctionnent leurs appareils. «Si vous aviez lu le manuel d’utilisation, vous sauriez, par exemple, que le filtre de votre aspirateur doit être changé chaque année si vous voulez qu’il dure plus de cinq ans.»

Autre entreprise innovante, magarantie5ans.fr, lancée en juillet, vend des équipements électroménagers avec une garantie de cinq ans – la loi française, comme en Suisse, en impose deux – et les livre gratuitement. «Nous sentons que les mentalités ont évolué et que les gens veulent réduire leur impact sur l’environnement, il s’agit d’un véritable enjeu sociétal, constate Benoît Delporte, cofondateur du site. Notre objectif est d’influencer le marché.»

En Suisse aussi, la durabilité planifiée est à l’agenda. Fondé par l’ancien conseiller d’Etat vaudois vert François Marthaler, le site whyopencomputing.ch produit notamment des ordinateurs conçus pour durer dix ans, fonctionnant à l’aide de logiciels libres, que leurs éditeurs ne cherchent pas à rendre dépassés. La marque est la première au monde à proposer un guide de réparation à la vente, par ailleurs disponible sur la plate-forme de manuels gratuits ifixit.com.

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Pionnier de la lutte contre l’obsolescence programmée, François Marthaler créait il y a 35 ans labonnecombine.ch, une institution vaudoise qui donne une seconde vie, encore aujourd’hui, aux appareils brisés. «A l’époque, les gens étaient éduqués à faire durer et réparer leurs objets; désormais, on s’est habitué à acheter du neuf aussitôt que survient un problème et le service après-vente a été délaissé», regrette l’éco-entrepreneur.

Mais l’on assiste au développement d’un nouveau paradigme, observe Laurianne Altwegg, responsable de l’environnement à la Fédération romande des consommateurs (FRC). «De nombreux consommateurs sont conscients et agacés par le vieillissement accéléré des appareils; beaucoup sont désireux de consommer de façon plus responsable.» Elle constate d’ailleurs que le marché de la réparation, bénéficiant à l’économie locale, est en plein développement.

La FRC – qui milite pour une garantie de cinq ans sur les produits – publie sur son site les bonnes adresses pour faire réparer ses biens. Elle organise aussi des «repair cafés», rejoignant le mouvement international créé en 2007, mettant à disposition outils et matériaux pour réparer, dans un climat convivial, meubles, appareils électriques, vêtements, jouets, etc.

Encourager l’«écoconception»

Dans la même veine, les Verts suisses soumettaient au Conseil fédéral en 2014 des propositions pour favoriser l’optimisation de la durée de vie des objets. Comme informer les consommateurs sur la durée de vie des appareils et rendre accessibles les pièces de rechange; encourager l’«écoconception», de façon à rendre les équipements réparables et recyclables; implanter des normes de compatibilité pour différentes versions d’appareils, ou encore, promouvoir l’économie de fonctionnalité – en pleine expansion – où l’usage d’un bien est vendu, plutôt que le bien en soi.

«Le Conseil fédéral a été plutôt réceptif et s’est même engagé à introduire quelques propositions dans son plan d’action sur l’économie verte; or, depuis, rien», s’étonne la conseillère nationale verte Adèle Thorens. Par ailleurs, aucune de ces mesures n’a été intégrée au contre-projet de l’initiative Pour une économie verte.

«En plus d’être davantage soutenable, le passage vers une économie fondée sur la qualité, l’entretien et la réparabilité plutôt que sur la quantité et la production, permet de garder des emplois, qualifiés et payés correctement, en Suisse», soutient l’écologiste. Le contexte politique actuel est difficile, reconnaît-elle, le camp bourgeois, majoritaire, étant très «anti-écolo». Mais le vent du changement souffle toujours plus fort. Adèle Thorens et les siens promettent de revenir à la charge cette session parlementaire.